Affaires criminelles en Nouvelle Aquitaine

Marie Lafarge (1840, Tulle)

 

Marie Fortunée Capelle, connue sous le nom de Marie Lafarge (1816-1852), est une Française soupçonnée et reconnue coupable par la justice de l'époque d'avoir empoisonné son époux, Charles Lafarge. Elle est condamnée en 1840 aux travaux forcés à perpétuité et à l'exposition sur la place publique de Tulle. 


Marie Capelle serait la descendante de Louis XIII  par sa grand-mère Herminie Compton, qui serait née d'une liaison entre Félicité de Genlis et le duc d’Orléans Philippe Égalité. Cette ascendance supposée a une influence considérable lors de son procès, qui a lieu durant la Monarchie de Juillet et le règne de Louis-Philippe d'Orléans, fils légitime de Philippe Égalité. La presse, que le pouvoir avait muselé par les lois de septembre 1835, allait s’empresser de dénoncer cette « bâtarde orléaniste devenue empoisonneuse », et cela aurait pu faire vaciller le trône.
Alors qu'elle a douze ans, son père, colonel d'artillerie de la garde impériale, est tué à la chasse. Sa mère, remariée, meurt sept ans plus tard. À dix-huit ans, elle est adoptée par sa tante maternelle, qui l'inscrit dans une école pour jeunes filles de la haute société.
A 23 ans, elle fait la connaissance d'un entrepreneur originaire de Corrèze en voyage d'affaire à Paris, Charles Pouch-Lafarge (dit « Charles Lafarge »), de cinq ans son aîné, maître de forge au Glandier, sur la commune de Beyssac dont il est également le maire. Lors de l'entrevue Charles et Marie présentèrent leurs garanties et leurs bonnes mœurs, puis dans la plus totale précipitation, le mariage fut organisé et célébré le 11 août 1839 en l'église Notre Dame de Paris. A la vérité, croulant sous les difficultés financières, Charles Lafarge sait qu'en l'épousant, il recevra une dot de 80 000 francs-or qui lui permettra d'éviter la faillite. Toujours présenté comme un « brave homme, mais un peu bourru », il aurait été en fait un personnage vil et corrompu, rongé par la violence et sujet à des crises d'épilepsie.

Changement de décor
Le lendemain de la cérémonie, les jeunes époux quittent Paris pour rejoindre la Corrèze et arrivent à Beyssac le 15 août 1839. Pour Marie, c'est la déception lorsqu'elle contemple sa nouvelle demeure et ses environs : le changement est radical entre sa vie au château de Busagny (actuel collège Saint-Stanislas) à Osny et celui des récits relatés par son mari qui lui a fait croire qu'il est le propriétaire du château de Pompadour à Arnac-Pompadour. En réalité, Marie découvre que sa nouvelle demeure du Glandier est une vieille masure délabrée, infestée de rats, dont on dit qu'elle est hantée.
Désespérée, Marie se retranche dans sa chambre et adresse une lettre à son époux, dans laquelle elle lui supplie de la laisser partir, quitte à ce qu'il conserve la dot, et menaçant même de mettre fin à ses jours. Devant le refus de Charles, elle fait dans un premier temps contre mauvaise fortune bon cœur et prend la maison en main, tandis que Lafarge cherche par tous les moyens à se procurer de l'argent. Revenue à de meilleurs sentiments envers son mari, elle rédigea même un testament en sa faveur, lui léguant tous ses biens. Ce dernier, touché par son geste, fit acte de réciprocité.

Un décès suspect
En novembre 1839, Charles part de nouveau à Paris pour un voyage d'affaire afin de tenter de régler ses problèmes financiers en déposant un brevet d'invention d'un procédé qu'il a mit au point qui permet de diminuer les frais de chauffage dans la fabrication du fer.
Durant son absence, Marie écrit à la pharmacie Eyssartier à Uzerche afin de se procurer de la mort aux rats, puisqu'en effet la bâtisse est infestée par les rongeurs. C'est l'un des domestiques, Denis Barbier, petit escroc parisien rencontré à Paris par Charles Lafarge, qui est chargé d'aller récupérer le produit. Barbier est en fait un homme-clé dans l'affaire, car c'est lui qui lancera la thèse de l’empoisonnement.
Marie demande également à la cuisinière de confectionner des gâteaux afin de les envoyer à son mari, accompagnés de son portrait. Après un voyage de quatre jours en diligence, le 18 décembre 1839, les pâtisseries, faites avec du lait non pasteurisé arrivent à destination. Le jour même, Charles tombe gravement malade. Il reste alité toute la journée, prit de nombreux vomissements et de migraines. Il décide alors d'écourter son séjour et de rentrer à Beyssac. Il arrive au Glandier le 3 janvier 1840, et fait venir le jour même le médecin de famille qui diagnostique une banale angine. Contraint de garder le lit, Marie entreprend de le soigner en lui faisant ingurgiter du lait de poule. Dans un même temps, elle envoya de nouveau une lettre à M. Eyssartier, le pharmacien d'Uzerche, afin d'obtenir une fois de plus de la mort aux rats. L'état de Charles s'aggrave brusquement et le médecin rappelé à son chevet reste impuissant. Il meurt dans d'atroces souffrances onze jours après son retour, le 14 janvier 1840 à 6 heures du matin. La mère du défunt fait alors courir le bruit que sa belle-fille a empoisonné son fils, et prévient le procureur du Roi. Le lendemain du décès, la police perquisitionne et découvre de l'arsenic partout : sur les meubles, les aliments, de la cave au grenier. Sur les quinze analyses toxicologiques effectuées sur le corps de Charles Lafarge, les médecins de l'époque ne trouvent qu'une seule fois la présence « d'une trace minime d'arsenic ».

Le procès
Huit mois après le décès de son époux, Marie Lafarge, qui est alors âgée de vingt-quatre ans, est inculpée de meurtre par empoisonnement et comparaît devant la cour d'assises de Tulle.
Un rapport d'expertise et d'analyse, fait par Dupuytren et Dubois père et fils, des pièces à conviction ramenées du Glandier révèlent la présence d'arsenic dans du lait de poule, de l'eau panée et de la poudre ainsi que sur un filtre et sur une boîte. Une autre expertise révélera la présence d'arsenic dans l'estomac du défunt et de son liquide ainsi que dans les viscères thoraciques et abdominaux. A l'issue des débats, Marie Lafarge est déclarée coupable d'empoisonnement sur son mari et condamnée aux travaux forcés à perpétuité.
Lors de son incarcération à la prison de Montpellier, sa santé s'altére progressivement et elle fut admise à l'asile de Saint-Paul-de-Maussole situé à Saint-Rémy-de-Provence. Elle passa 10 ans en prison puis fut ensuite graciée par décret en 1852 par Louis Napoléon III. Elle meurt le 7 septembre 1852 à l'âge 37 ans.

Un doute plante toujours sur cette affaire, justifié ou non par les irrégularités de la procédure et les contradictions des expertises réalisées. La littérature s'empara également très largement de ce fait divers avec de nombreux auteurs qui retracèrent le parcours de "l'empoisonneuse". L'affaire Lafarge continue et continuera encore de faire couler beaucoup d'encre tant le doute d'une erreur judiciaire subsiste. L'avancée de la Science a tout de même permis à Marie Lafarge, d'être réhabilitée par l'Académie de médecine de Paris.

L'affaire Roland Bondonny (2004)

 

Roland Bondonny, (1932-2005) est un notable originaire de Meymac en Corrèze qui habitait dans la région d'Égletons au moment des faits. Il fut accusé d'avoir empoisonné plus de 144 animaux de compagnie entre 1997 et 2001, puis d'avoir commandité le meurtre de Marius Lac, un chasseur d'Égletons et gendarme à la retraite, tué le 25 août 2004 par Alain Bodchon, qui affirme qu'il avait agi selon ses instructions, mais sans intention de tuer. Juste avant son procès en appel, dans l'affaire des chiens empoisonnés, Bondonny se suicide dans sa cellule de prison, par pendaison, clamant son innocence et demandant à son avocat, dans une lettre qu'il lui a adressée, de continuer à défendre son innocence.

 

Entre 1997 et le début de l'année 2000 près de 59 animaux de compagnie (chiens et chats) et animaux sauvages (moutons, renards, furets, hérissons) furent retrouvés morts, empoisonnés par un produit toxique mélangé avec des boulettes bleues le long des routes. La police et la gendarmerie d'Égletons, au cours de leurs investigations, découvrent que la piste conduit principalement dans la forêt et les bois d'Égletons. On y découvre des boulettes de viande imprégnées d'un produit toxique (le Carbofuran). Puis début 2001, des boulettes bleues, semblables à celles retrouvées sur les lieux où des cadavres d'animaux furent retrouvés, sont découvertes à la fois dans la cour d'école d'Égletons et dans les rues de la ville. Entre août 1998 et février 2001, ce sont plus de 144 chiens et chats qui sont empoisonnés, dont la moitié a succombé, le poison agissant en 20 minutes si l'animal ne vomit pas. La rumeur commence à envahir la petite ville d'Égletons et désigne un coupable : Roland Bondonny, notable local et négociant en vins.
Roland Bondonny est perçu par ses pairs et par le village comme quelqu'un de respecté et de serviable, qui assiste au conseil municipal et s'implique dans l'équipe de rugby d'Égletons, mais c'est aussi un homme qui inspire la crainte dans le village. Il apparaît dans l'enquête qu'il y a certaines rivalités au sein des chasseurs de la région ; en effet Roland Bondonny empiéterait sur le terrain d'autres chasseurs, ce qui expliquerait un possible esprit de vengeance de sa part. De plus des témoins affirment avoir croisé une Renault Express blanche (dont une partie de la plaque d'immatriculation comporte RM 19) passer dans le village au moment de la mort des animaux.
Après vérification de toutes les Renault Express de couleur blanche immatriculées en Corrèze (comportant les lettres RM 19), la police appréhende Roland Bondonny, propriétaire d'une Express blanche ; en février 2001, il porte plainte à la gendarmerie au sujet de sa chienne Majesté qui a été empoisonnée et qu'il l'a installée à l'arrière de son Express pour l'emmener chez le vétérinaire. Lorsqu'il est placé en garde à vue, les gendarmes retrouvent du produit toxique semblable à celui utilisé pour tuer les animaux à l'avant de son véhicule perquisitionné (à 9 endroits différents).

En octobre 2003, à l'ouverture du procès de Roland Bondonny, seuls deux témoins osent témoigner devant la Cour, dont Marius Lac qui ne ressent aucune crainte à l'encontre de Bondonny. Ce dernier a empoisonné tous ses animaux car il voulait récupérer des parcelles de terrain pour sa société de chasse concurrente à celle de Marius Lac. Au bout des deux jours de procès le 21 et 22 octobre, le tribunal correctionnel de Tulle condamne Bondonny à deux années de prison dont un an avec sursis pour cruauté envers les animaux et 111 613 € de dommages et intérêts à payer aux 140 parties civiles. Roland Bondonny fait appel de son procès.

Le meurtre de Marius Lac
Entre temps, le 25 août 2004, Marius Lac est retrouvé mort chez lui dans son garage. Des témoins affirment avoir vu une Alfa Romeo rouge et un vélo vert passer dans le village, et plus particulièrement près de la maison de Marius. Au moment de sa mort, Roland Bondonny ne se trouvait pas dans la région d'Égletons. En menant leur enquête, les policiers trouvent une feuille partiellement brûlée près du corps de la victime ; écrits dessus, des noms de villes avec les noms et numéros de téléphone de Bondonny. Cela ressemble à un trajet et les policiers en déduisent que le meurtrier n'est pas de la région.
Ils placent alors sur écoute Roland Bondonny et interceptent plusieurs conversations entre ce dernier et un certain Alain Bodchon, homme qui s'occupe du bar dans le restaurant Le Manhattan de son fils, à Fourmies. Le contenu des conversations sème le doute dans l'esprit des gendarmes, qui décident de se rendre dans le Nord pour rencontrer et interroger cet Alain Bodchon, connaissance de Bondonny, ce dernier étant un homme riche qui possède un fort ascendant sur les autres. Il est immédiatement arrêté et avoue le meurtre de Marius Lac. Il livre le nom du « commanditaire » du meurtre, Roland Bondonny.

Le procès en appel
Le procès en appel de Roland Bondonny s'ouvre le 5 février 2005 mais n'a pas lieu car Roland Bondonny s'est pendu dans sa cellule ; Alain Bodchon repètera qu'il a tué, sans avoir l'intention de le faire, Marius Lac, sur les instructions de Roland Bondonny mais, aux yeux de la justice, ce dernier demeure innocent, pour l'éternité, les charges s'éteignant avec son décès. Les héritiers de Roland Bondonny ne seront pas non plus condamnés à verser des dommages et intérêts aux propriétaires des chiens empoisonnés, le tribunal ayant jugé qu'il ne disposait pas de preuves suffisantes pour juger de la culpabilité de Roland Bondonny et donc de contraindre ses héritiers à verser des dommages et intérêts.

Le procès d'Alain Bodchon
En mai 2007 s'ouvre le procès d'Alain Bodchon. Le fantôme de Roland Bondonny semble hanter ce procès. Selon Alain Bodchon, Bondonny lui avait demandé de tuer Marius Lac car il était le seul qui s'était ouvertement interposé face à Bondonny.
Bodchon clame qu'il ne voulait pas tuer Marius Lac même si Bondonny lui avait ordonné de le faire (Alain Bodchon ne voulait qu'intimider la victime). La personnalité de Roland Bondonny est encore une fois analysée : c'était un homme violent, craint et qui ne supportait pas que quelqu'un puisse se dresser sur sa route et par conséquent ne voulait qu'aucun témoin ne puisse déposer contre lui lors de son procès en appel. Toutefois, Marius Lac n'était pas cité comme témoin et n'allait donc pas témoigner contre Bondonny lors de son deuxième procès. L'avocate des parties civiles pense que, en souhaitant la disparition de Marius Lac, Roland Bondonny n'avait pas pour but de l'empêcher de témoigner, mais de régler ses comptes, Lac et Bondonny étant, de longue date, en conflit personnel.
Au bout des quatre jours de procès, Alain Bodchon est condamné à 22 ans de réclusion criminelle pour assassinat.

Le drame de Hautefaye (1870, Hautefaye)

 

Le drame de Hautefaye est un fait divers criminel survenu le 16 août 1870 lors d'une foire dans le village de Hautefaye en Dordogne, et qui a vu le supplice et la crémation d'un notable de la région, Alain de Monéys.


Cette affaire se situe dans le contexte de la guerre de 1870 et des passions exacerbées qu'elle a provoquées dans la population de ce petit village. À la suite d'un simple malentendu, Alain de Monéys a en effet été pris pour un Prussien, ce qui a entraîné son lynchage. Le caractère barbare de l'événement a été encore amplifié par des rumeurs - dues à des propos attribués au maire - sur des actes de cannibalisme qui auraient été commis par les villageois. Parmi les vingt-et-un accusés de cet assassinat, les quatre principaux responsables ont été condamnés à mort et un autre aux travaux forcés à perpétuité.
L'affaire se déroule en août 1870, un mois après la déclaration de guerre à la Prusse par la France, le 15 juillet 1870. Plusieurs incidents ont lieu. À quelques jours près, à Châtellerault, un employé des chemins de fer est molesté pour avoir été soupçonné d'être un espion à la solde de l’ennemi. Ces inquiétudes et ces rumeurs font partie des bruits qui se propagent dans le village et sur le foirail, lors de la foire annuelle aux bestiaux de Hautefaye. Cette manifestation, occasion de réunion et de négoce pour les habitants du village et des communes voisines, est en outre affectée par les conséquences de la sécheresse qui frappe la région en 1870. Le contexte politique général vient en effet s'ajouter, en Dordogne, à une situation économique désastreuse pour les agriculteurs.

Les acteurs du drame
La victime, Alain Romuald de Monéys d'Ordières, est le fils d'Amédée de Monéys, ancien maire de Beaussac. Il gère le domaine du château de Brétanges situé entre Hautefaye et Beaussac. Célibataire, âgé de 32 ans, il a été, du fait de sa constitution physique, exempté des obligations militaires, et par conséquent de la conscription qui survient en 1870 à la suite de la menace prussienne. Cependant, ayant manifesté le désir de s'engager pour son pays, il a fait lever cette immunité et prévoit de partir bientôt pour le front de Lorraine. Il est membre du conseil municipal de Beaussac depuis 1865 et premier adjoint de la commune. Sa famille possède 80 hectares de terres à Hautefaye. C'est au titre de gérant du domaine qu'il se rend à la foire de Hautefaye le 16 août 1870.
Les principaux responsables du drame, désignés comme tels par la justice, sont des habitants de Hautefaye et des villages voisins, venus à la foire. Il s'agit de : François Chambord, 33 ans, maréchal-ferrant à Pouvrière, localité de la commune de Souffrignac (Charente), située à 9 km de Beaussac (considéré comme le meneur du groupe, il ne connaissait pas personnellement la victime, ce qui est aussi le cas des autres principaux agresseurs) ; Léonard, dit « Piarrouty », 53 ans, chiffonnier à Nontronneau ; Pierre Buisson, dit « Arnaud » ou « Lirou », 33 ans, cultivateur ; François Mazière, dit « Silloux », 29 ans, métayer ; les frères Étienne et Jean Campot, agriculteurs à Mainzac
Ceux qui tentent de protéger et de défendre Alain de Monéys sont l'abbé Victor Saint-Pasteur, curé de Hautefaye ; Philippe Dubois, scieur de long de Hautefaye ; Georges Mathieu, artisan de Beaussac et neveu de Bernard Mathieu, maire de Hautefaye ; Pascal, le domestique du château de Bretanges.

Les faits
Alain de Monéys arrive sur les lieux de la foire de Hautefaye, vers deux heures de l'après-midi, après la fuite de Camille de Maillard, pris à partie par les manifestants et qui a réussi à prendre la fuite. Peu après son arrivée à la foire, Monéys voit s'approcher des paysans armés de bâtons. S'enquérant de la situation, il apprend d'un colporteur nommé Brethenoux et surnommé « le Mexicain » (car il a participé à la campagne du Mexique), que son cousin, Camille de Maillard, a crié « À bas Napoléon ! Vive la République ! » Refusant de croire les propos de Brethenoux, Monéys accompagne le paysan sur le lieu de l'incident afin de vérifier si d'autres témoins confirment les faits. Parmi ceux-ci se trouvent : Le Cussou, Pinard, Mazière, les frères Campot et Buisson, qui, tous, confirment les dires de Brethenoux. Le groupe se rassemble alors autour d'Alain de Monéys qui continue de défendre son cousin.
Refusant toujours d'admettre que Maillard ait pu prononcer ces paroles, Monéys est alors pris à partie par le groupe, de plus en plus nombreux et hostile. Confondu par certains avec Maillard, il devient alors le centre de l'incident et est accusé à son tour d'avoir crié « Vive la République ! », d'être un traître et un Prussien.

Tortures
Malgré les tentatives pour dissiper le malentendu et démontrer sa bonne foi, Alain de Monéys se retrouve entouré par les paysans de plus en plus hargneux. L'un d'eux, Buisson, crie : « C'est un Prussien, il faut le pendre, il faut le brûler ! » Les paysans décident de le pendre à un cerisier, la pendaison échoue à cause de la fragilité des branches, il est décidé de le battre à mort. Dès lors, l'intention de faire durer le supplice avant la mise à mort d'Alain de Monéys est effective. Les tortionnaires ménagent des moments de répit à la victime avant de revenir à la charge. Il est traîné dans le local qui sert d'atelier au maire, qui est aussi maréchal-ferrant. Les assaillants l'attachent fortement avec des sangles sur le travail à ferrer, tandis qu'il est violemment frappé au visage et aux jambes à coups de sabot et de bâton. Malgré l'intervention de plusieurs témoins pour le défendre, le maire propose de le faire entrer dans son étable à moutons. Alain de Monéys est mis à l'abri et soigné par Dubois. Mais sous la pression extérieure du groupe mené par Chambord, la porte du local finit par céder. Les frères Campot se saisissent de la victime et la livrent aux paysans, dont la violence atteint son paroxysme. Selon des témoins, la tête d'Alain de Monéys est « comme un globe de sang ». Il est porté vers le foirail, mais Dubois tente de le faire entrer dans l'auberge. L'aubergiste ferme la porte sur la cheville de la victime qui commence à entrer et qui s'effondre sous la douleur. Il est considéré comme mort, mais dans un sursaut inattendu, les témoins le voient se relever de lui-même, se diriger vers une grange pour prendre un pieu et le pointer vers le groupe des forcenés. Pierre Buisson lui porte, avec le pieu, un coup à la nuque qui, pour les témoins, est le coup mortel. Dès cet instant, selon toute vraisemblance, c'est sur un moribond, voire un cadavre, que la foule s'acharne, chacun voulant participer à la curée qui dure environ dix minutes. Ayant chacun empoigné une jambe d'Alain de Monéys, Mazière et Campot le traînent en direction d'une ancienne mare, que les habitants nomment « le lac desséché » et où il est de coutume de fêter la Saint-Jean. Arrivés sur les lieux, ils jettent le corps dans la mare asséchée. Sous la direction de Chambord, on va chercher des fagots, des branchages, et des débris. Chambord prend une botte de paille à un agriculteur, tout en lui promettant le remboursement par l'empereur. Entassés sur le corps, qui, aux dires de certains témoins, bouge encore, les fagots et le foin sont tassés par Chambord et Campot. Dans une ultime tentative, Dubois essaie d'empêcher l'irréparable de se produire, mais il est pris en chasse par une dizaine de paysans et est forcé de s'éloigner. Personne n'ayant d'allumettes, Chambord va chercher, ou fait chercher par le jeune Thibassou, un paquet d'allumettes, et demande à trois enfants de mettre le feu au tas de fagots et de foin. Le bûcher s'embrase sous les vivats de l'assistance criant « Vive l'empereur ! » Corbin constate qu'entre le début du supplice et son dénouement tragique, il s'est déroulé exactement deux heures, et explique cette gestion du temps « implicitement calculée » par un désir de diluer la responsabilité collective, afin que chacun puisse participer au lynchage.

Réactions et conséquences
Le soir du drame, les habitants des alentours sont déjà au courant des évènements de Hautefaye. Certains protagonistes se vantent de leurs actes, Piarrouty parle des trois coups de balance qu'il a assénés à la victime, madame Antony raconte que son métayer, Mazière, est revenu exalté de Hautefaye en lui disant « Oui, nous avons tué et cramé le Prussien, je l'ai frappé et je ne m'en repens pas. Il ne voulait pas crier « Vive l'empereur ! » Deux jours après les faits, la presse régionale se fait l'écho du drame. Le Charentais du 18 août, puis Le Nontronnais du 20, parlent d'actes de sauvagerie, de barbarie, Le Nontronnais utilisant le terme de « cannibales » pour qualifier les paysans.
Le supplice se déroule en pleine foire au bétail, et plusieurs participants utiliseront des métaphores relatives à l'abattage des bêtes, et à la tuerie du porc ; l'un d'eux raconte « Nous avons fait griller à Hautefaye un fameux cochon. » La rumeur de cannibalisme prendra une forme précise lors du procès, à partir de phrases attribuées à deux des protagonistes lors des évènements. L'un des témoins, le couvreur Jean Maurel, âgé de 78 ans, affirmera avoir entendu le maire Bernard Mathieu répondre à la foule qui manifestait l'intention de faire brûler et manger la victime : « Faites ce que vous voudrez, mangez-le si vous voulez ! »

Enquête et arrestations
Le corps calciné d'Alain de Monéys est déposé entre deux draps dans l'église de Hautefaye. De l'examen du corps, le médecin établit qu'il a été immolé de son vivant et qu'il est mort des suites de l'asphyxie et des brûlures, et qu'auparavant il a été blessé par des objets contondants, piquants et tranchants. La blessure du crâne a été portée par un individu posté derrière Monéys, tandis que ce dernier était debout, et il a été traîné encore vivant. Roby-Pavillon conclut que « l'ensemble de ces blessures aurait inévitablement amené la mort. » Les gendarmes de Nontron, dépêchés sur les lieux et dans le voisinage, procèdent aux premières arrestations. Une cinquantaine de personnes sont interpellées et interrogées par le juge Marchenaud. Les inculpés sont au nombre de 21.

Procès et condamnations
Le procès se déroule du 13 au 21 décembre 1870 au palais de justice de Périgueux, sous la présidence du juge Brochon, et connaît une grande affluence. Le 21 décembre, après délibération du jury, la cour condamne Chambord, Buisson, Piarrouty et Mazière à la peine de mort. La justice ordonne que l'exécution se déroule sur la place publique de Hautefaye. La guillotine devait être initialement installée au lieu de l'ancienne mare desséchée où s'était déroulée l'immolation d'Alain de Monéys, mais, le terrain étant trop accidenté, l'échafaud est dressé le matin du 6 février dans la halle aux bestiaux. Les quatre condamnés sont décapités dans l'ordre suivant : Piarrouty en premier, suivi de Buisson, Mazière, et puis Chambord.
Francis Donnary, maire du village depuis 1977, propose de faire installer une stèle commémorative pour marquer l'événement, mais abandonne le projet en 2009, « car il y a encore une honte dans ce village. »

Maurice Papon (1981-2004)

 

Maurice Papon (1910-2007) était homme politique et haut-fonctionnaire français, condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l'humanité pour des actes commis en tant que fonctionnaire du régime de Vichy.


Préfet de police de Paris entre 1958 et 1967, il est également connu pour son rôle capital dans la répression sanglante des manifestations du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962, ainsi que pour avoir dirigé la société française des verreries champenoises, en 1977, quand Pierre Maître, syndicaliste, fut assassiné par un commando de la Confédération des syndicats libres.

Fils de notable, il passe une partie de sa jeunesse à Gretz-Armainvilliers dans la maison familiale où il est né. Son père, Arthur Papon, premier clerc à l'étude de Me Aulagnier, fonde la société française des verreries champenoises et sa mère se consacre à son éducation. Maurice Papon a 9 ans lorsque son père, de centre-gauche, devient maire de Gretz, poste qu'il conserve jusqu'en 1937 et qu'il complète par celui de conseiller général du canton de Tournan-en-Brie et de président de ce même conseil en 1937.
Après des études secondaires à Paris, au lycée Montaigne et au lycée Louis-le -Grand, Maurice Papon fait des études de droit et de lettres et entre dans l'administration publique à l'âge de 21 ans, au ministère de l'air. Il passe ensuite d'autres diplômes de droit et d'économie politique. Il est nommé en 1935 rédacteur au ministère de l'intérieur. Il va ensuite suivre François de Tessan, son mentor, dans 3 ministères. En 1939, il est affecté comme sous-lieutenant au 2e régiment d'infanterie coloniale et envoyé à Tripoli en Grande Syrie (aujourd'hui, au Liban). Il est rapatrié en France pour raisons de santé. Après l'Armistice, il rejoint le nouveau régime de Vichy en tant que sous-préfet de première classe.

Il est nommé en 1942 secrétaire général de la préfecture de la Gironde, à Bordeaux, en zone occupée.
Bras droit du préfet de la Région Aquitaine Maurice Sabatier, il dirige le Service des questions juives. Jusqu'en mai 1944, ses services recenseront les Juifs dans les hôpitaux, les sanatoriums et les maisons de retraite et organiseront l'arrestation et la déportation des Juifs de la région bordelaise vers le camp de Drancy créé en 1941.
Maurice Papon eut aussi la chance que la Résistance de Gironde soit sortie exsangue et divisée de la ténébreuse « affaire Grandclément » (du nom d'un chef résistant ayant accepté une entente avec la Gestapo de Bordeaux au nom de l'anticommunisme). Au contraire de la plupart des autres départements français, la Résistance de Gironde sortait trop affaiblie de la guerre pour pouvoir fournir les remplaçants aux cadres de Vichy. C'est pourquoi, en dépit de l'avis négatif du Comité Départemental de Libération (qui avait classé Maurice Papon parmi les personnalités à écarter ou arrêter), le commissaire de la République Gaston Cusin choisit de maintenir ce dernier en fonctions.
Maurice Papon a été confirmé après-guerre dans ses fonctions par le Général de Gaulle et n'a pas été inquiété par la commission d'épuration. D'abord nommé préfet des Landes, il réintègre le ministère de l'intérieur en octobre 1945.

Il poursuit alors une carrière de haut fonctionnaire.
Il est nommé préfet de Corse en 1947, puis préfet de Constantine (Algérie) en 1949. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1948. En 1951 il devient secrétaire général de la préfecture de police de Paris. En 1954 il part pour le Maroc comme secrétaire général du protectorat, où il aide à réprimer les nationalistes marocains. Il est nommé officier de la Légion d'honneur. En 1956 il retourne à Constantine pendant la Guerre d'Algérie.
En avril 1958, Maurice Papon est nommé préfet de police de Paris par la IVe République finissante. Il obtient à cette époque la carte de « combattant volontaire de la Résistance » qui reconnaît sa participation à la Résistance.
À ce poste stratégique, Maurice Papon joua un rôle important dans la crise qui suivit le Soulèvement d'Alger le 13 mai 1958. Il participa aux réunions gaullistes confidentielles qui assurèrent l'exploitation de la crise et préparèrent à Paris le retour au pouvoir du général de Gaulle. Cette action occulte lui valut son maintien en fonction par la Ve République. En juillet 1961 il reçoit des mains de Charles de Gaulle la croix de commandeur de la Légion d’honneur.

Dans le Massacre du 17 octobre 1961, à Paris,
les forces de police placées sous l'autorité de Papon répriment très brutalement une « marche de paix » organisée par le FLN algérien : un grand nombre de civils algériens trouvent la mort. Cette marche intervenait après le meurtre d'un policier vraisemblablement par des militants du FLN. Lors des obsèques, Maurice Papon avait déclaré « pour un coup donné, nous en rendrons dix ». Il reçoit alors carte blanche du gouvernement pour ramener le calme dans les rues de Paris. Le nombre de victimes des massacres d'octobre 1961 est difficile à établir avec certitude. L'ampleur de la répression a fait l'objet de vives controverses dans les années 1990. Certains auteurs, notamment Jean-Luc Einau, avancent le chiffre de 200, voire 300 morts. De son côté, Jean-Paul Brunet estime qu'il y eut une quarantaine de victimes. Linda Amiri, qui a dépouillé les archives de la préfecture de police de Paris, compte cent morts certains, et trente et un disparus. Alain-Gérard Slama, dans son livre de vulgarisation sur la guerre d'Algérie, et Le Monde, en 1985, parlent également d'une centaine de morts. 357 Algériens ont été soignés par les hôpitaux de Paris pour les coups reçus.

Le 8 février 1962, une manifestation contre l'OAS, interdite par le ministère de l'Intérieur, est brutalement réprimée.
Huit manifestants sont tués suite aux coups reçus ou périssent étouffés en fuyant l'extrême brutalité de la police, dans la bouche de métro Charonne : c'est l'affaire de la station de métro Charonne. Un neuvième meurt peu après des suites de ses blessures. Jean-Paul Brunet et Alain Dewerpe estiment qu'une responsabilité collective, des forces de police au chef de l’État, le général de Gaulle, en passant par le préfet Papon, s'établit. Elle relèverait de l'« autoritarisme » du régime gaulliste, qu'ils analysent (surtout Alain Dewerpe) à cette occasion.
En janvier 1967, Maurice Papon quitte la préfecture de police de Paris. Il est nommé président de Sud-Aviation, ancêtre de l'Aérospatiale.
En 1968 il est élu député UDR du Cher. À l'automne de la même année, il devient trésorier de l'UDR, appuyé par le chef de l'État, le général de Gaulle. Il occupe ce poste pendant près de trois ans.
Il est élu maire de Saint-Amand-Montrond (Cher) en mars 1971. Il le restera jusqu'en 1983. Il posera, en outre, la première pierre du lycée Jean Moulin.

De 1978 à 1981, il est ministre du Budget dans les deuxième et troisième gouvernements de Raymond Barre.
Dans un entretien accordé à France Culture en février 2007, M. Barre a déclaré que la nomination de Maurice Papon s'était faite sur son initiative.
Papon, alors ministre du Budget, décide de déclencher un contrôle fiscal contre l'hebdomadaire satirique, Le Canard enchaîné.
Le 6 mai 1981, le journal « riposte », sur le mode de l'arroseur arrosé, en publiant un article de Nicolas Brimo révélant le rôle de Maurice Papon dans la déportation des Juifs bordelais. On y trouve deux documents datés l'un de février 1943, l'autre de mars 1944 et signés de la main de Maurice Papon, alors secrétaire général de la préfecture de Gironde. Ces pièces, communiquées par Michel Slitinsky, montraient la participation du secrétaire de préfecture à la déportation des juifs vers l'Allemagne.
L'affaire déclenchée quatre jours avant le scrutin présidentiel fut dénoncée comme une opération politique. Elle touchait un ancien préfet, député RPR du Cher, ministre du Budget du gouvernement de Raymond Barre. Mais l'indépendance reconnue du Canard enchaîné, tout comme la réticence manifestée par le président François Mitterrand à la tenue du procès Papon, devaient faire litière de cette accusation.
Le 15 décembre 1981, un jury d'honneur composé d'anciens résistants déclare que Maurice Papon est bien un ancien résistant. Il ajoute cependant qu'en restant en fonctions à la préfecture de Gironde, Maurice Papon fut mêlé de ce fait « à des actes contraires à l'honneur », et estime que ce dernier aurait dû démissionner en 1942.

Il est inculpé en 1983 de crimes contre l'humanité mais ce n'est qu'en 1997 que débute son procès, après 17 années de batailles juridiques.
Il est renvoyé, le 18 septembre 1996, devant la cour d'assises de la Gironde par la chambre d'accusation de la cour d'appel de Bordeaux. Il est condamné en 1998 à une peine de 10 ans de réclusion criminelle, d'interdiction des droits civiques, civils et de famille pour complicité de crimes contre l'humanité par la cour d'assises.

Papon est jugé coupable d'avoir ordonné l'arrestation de 1 560 juifs, dont des enfants et des personnes âgées, entre 1942 et 1944. La plupart des victimes ont été déportées à Auschwitz.
Une des questions principales du procès était de déterminer dans quelle mesure un individu doit être tenu responsable lorsqu'il fait partie d'une chaîne de responsabilités. Le procureur général requiert une peine de 20 ans de réclusion criminelle, alors que la réclusion criminelle à perpétuité était encourue. La peine finalement prononcée a été dénoncée par les avocats du condamné comme une peine de « compromis ».
Laissé en liberté provisoire au début de son procès par une décision de la cour d'assises de la Gironde présidée par Jean-Louis Castagnède, Maurice Papon s'enfuit en Suisse en octobre 1999 à la veille de l'examen de son pourvoi en Cassation. Arrêté au bout de 48 heures dans un hôtel helvétique, et aussitôt extradé, Maurice Papon est finalement emprisonné à la prison de Fresnes, dont il sort le 18 septembre 2002, après 3 années de détention, sur la base d'un avis médical concluant à "l'incompatibilité de son état de santé avec la détention en raison de son état de santé" et de la « loi Kouchner », nouvellement votée. Il est alors assigné à résidence dans sa maison familiale de Gretz-Armainvilliers en Seine-et-Marne.

Cette remise en liberté a été très critiquée. Le rapport médical décrivant Papon comme « impotent et grabataire » parut démenti spectaculairement quand l'ancien prisonnier quitta à pied la prison de la Santé.

La libération de Papon a été rendue possible par la loi « Kouchner » du 4 mars 2002 qui prévoit que les prisonniers peuvent être libérés s'ils souffrent d'une maladie incurable ou si leur incarcération met en danger leur santé. Papon est le deuxième Français à bénéficier de cette loi, alors que 27 octogénaires français sont entrés en prison en 2001. La libération de Maurice Papon a été approuvée par l'ancien garde des Sceaux et ancien président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter. Elle avait été aussi demandée par des personnalités aussi peu suspectes de complaisance que l'ancienne résistante Germaine Tillion, cofondatrice du réseau du Musée de l'Homme.
Dans un arrêt du 12 avril 2002, le Conseil d'État, considérant que les faits pour lesquels Maurice Papon a été condamné résultent à la fois d'une faute personnelle et d'une faute de service, c'est-à-dire de l'administration, a condamné l'État à payer la moitié des dommages que la Cour d'assises de la Gironde avait attribués aux parties civiles. Mais, de son côté, Papon a organisé son « insolvabilité ».
Le 25 juillet 2002, sur requête de M. Papon, la Cour européenne des Droits de l'Homme a jugé contraire aux principes du procès équitable l'obligation de se constituer prisonnier avant l'examen d'un pourvoi en cassation, qui faisait alors partie du code de procédure pénale. Contrairement cependant à ce qu'ont affirmé des partisans de l'ancien préfet, cette décision ne portait en rien sur le fond du jugement et de sa condamnation.

Maurice Papon a eu de nouveau affaire à la justice en 2004-2005, pour avoir arboré illégalement la Légion d'honneur en public, alors que ses décorations lui avaient été retirées suite à sa condamnation.
Après sa libération pour raison de santé en septembre 2002, Maurice Papon vend la maison familiale qu'il possède à Gretz-Armainvilliers et s'installe dans un petit pavillon moderne au 44 rue Arthur Papon (du nom de son père) où il est assigné à résidence.
Hospitalisé le 8 février 2007 à La Francilienne, clinique de Pontault-Combault en Seine-et-Marne à la suite de problèmes cardiaques et pour une intervention sur son pacemaker, il y meurt le 17 février 2007 à l'âge de 96 ans. Sa mort a suscité peu de réactions spontanées des milieux politiques et associatifs.
L'avocat de Maurice Papon, Francis Vuillemin, a déclaré que son client serait enterré avec la légion d'honneur, affirmant dans un communiqué : « Je veillerai personnellement à ce que l'accompagne dans son tombeau la croix de Commandeur de la Légion d'honneur que Charles de Gaulle lui a remise de ses propres mains, pour l'éternité. » « Le délit de port illégal de décoration ne se conçoit que dans un lieu public. Le cercueil est le lieu le plus privé qui puisse être et un cadavre n'est plus un sujet de droit, il n'y a donc pas d'infraction. » a déclaré l'avocat à Reuters.
Maurice Papon a été inhumé le 21 février 2007 dans le cimetière de Gretz-Armainvilliers aux côtés de ses parents et de sa femme, Paulette, décédée en mars 1998, deux jours avant la fin du procès. Selon son avocat « il a été inhumé avec la légion d'honneur retirée après sa condamnation, malgré l'indignation de ses victimes et de la classe politique ».


Roland Cazaux (1997-2002)

 

Né en octobre 1958, Roland Cazaux dit "Le Chat" est un violeur récidiviste. C'est un père de famille sans histoires de deux petits garçons, inséré dans la société et travaillant sur des chantiers où il est contremaître dans une entreprise de BTP. De 1987 à 2002, Roland Cazaux fait au moins 36 victimes dans le Sud-Ouest de la France (région de Arcachon, des Landes, du Pays basque).


La police ne suspecte pas ce prédateur, pervers et surtout insoupçonnable. Il est cependant connu des services de Police depuis 1982 pour agressions sexuelles. Il a été à l'époque condamné à un an de prison, dont trois mois ferme pour attentat à la pudeur. Pendant un an, il a dû suivre un traitement médical mais les experts psychiatres ont mis en garde la cour contre le risque important de récidive de l'accusé.
Il est seulement arrêté le 20 février 2002 à son domicile, à l'âge de 43 ans. Repérant ses proies lors de ses déplacements professionnels, il est alors surnommé le Chat à cause de sa discrétion et de ses crimes commis de nuit, de son habitude de s'introduire chez ses victimes par les fenêtres et de sa faculté à ne pas se faire repérer. Lors de sa garde à vue, il avoue 16 viols et 20 tentatives, toujours avec le même mode opératoire : « il s’introduit de nuit chez sa victime, toujours une femme seule, coupe le compteur électrique, la réveille, lui attache les mains dans le dos avec une cordelette, et lui fait croire à un cambriolage, avant de la violer. »
Il explique également que ce n’est pas le viol qui l’excite, mais le fait d’entrer dans l’intimité de femmes sans qu’elles le sachent. C’est là que son comportement de chasseur s’exprime : consciencieux, il repère ses victimes au hasard, puis les espionne longuement, pénétrant parfois chez elles pour repérer les lieux, puis, lorsque la «traque» ne lui suffit plus, il se rend à nouveau chez ses victimes lorsqu’elles sont seules, coupe l’électricité et les agresse.

Son procès s'ouvre le 28 novembre 2005 devant la cour d'assises de la Gironde. Il est condamné le 16 décembre à 14 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté des deux tiers, à un suivi socio-judiciaire de 15 ans à partir de sa sortie de prison et à une obligation de soins. Il lui est en outre interdit d'entrer en relation avec ses victimes, et de séjourner pendant une durée de 10 ans en Gironde, dans les Landes, et dans les Pyrénées-Atlantiques. Il est actuellement en liberté conditionnelle.

L'affaire Marie Besnard (1949, Loudun)

 

Marie Besnard (1896-1980), surnommée "la bonne dame de Loudun" a été soupçonnée d'être une tueuse en série et reste au centre d'une des plus grandes énigmes judiciaires françaises du XXème siècle. Elle est inculpée de meurtre par empoisonnement sur 12 personnes, dont son propre mari.


L'histoire se passe dans la ville de Loudun (8 000 habitants à l'époque des faits). Après trois procès qui durent plus de dix ans, Marie Besnard, accusée et menacée de la peine capitale, est libérée en 1954 puis acquittée par la cour d'assises de la Gironde le 12 décembre 1961.

Plusieurs morts suspectes
Issue d'une famille modeste, Marie Davaillaud épouse en 1920 son cousin Léon Antigny qui meurt des suites de la tuberculose en 1927. En septembre 1928, elle rencontre Léon Besnard, cordier et gros propriétaire foncier. Ils se marient en 1929,  le couple semble heureux mais n'a pas d'enfant. Marie est une épouse économe et le couple vit confortablement, ce qui suscite des jalousies et des rumeurs qui prêtent notamment à l'épouse Besnard des amants.
En 1947, après un repas champêtre en famille, Léon décède des suites d'une crise d'urémie : l'affaire Besnard débute, Marie étant veuve pour la seconde fois. Les détails de plusieurs témoignages ainsi que de nombreuses rumeurs (notamment le fait que Marie fut rendue opportunément riche en héritant des immeubles et des terres agricoles de son mari) sont portés à la connaissance de la gendarmerie puis à un juge d'instruction de Poitiers qui ordonne une commission rogatoire en 1949. Faute de preuves suffisantes, Marie n'est pas inculpée mais l'exhumation du corps de Léon Besnard est prononcée. Les prélèvements révèlent un taux d'arsenic important. Une enquête de police et de nombreux témoignages attirent enfin l'attention des magistrats et de la population sur douze décès survenus dans l'entourage de Marie Besnard. On découvrira dans les restes de ces douze personnes (dont les parents de l'intéressée) des doses d'arsenic conséquentes.

Les mobiles

Deux mobiles sont avancés par le magistrat instructeur. L'argent, Marie Besnard ayant directement ou indirectement recueilli par héritage les biens de toutes ces personnes. Elle possède et gère néanmoins par ailleurs une fabrique de corde prospère. Ces biens sont saisis ce qui ne permet pas à l'accusée de payer sa mise en liberté sous caution. Charles Trenet  propose de la payer. 
Le second mobile : la passion. Marie Besnard ayant, paraît-il, noué une relation particulièrement intime avec un ancien prisonnier allemand, Alfred Dietz, que les époux Besnard avaient conservé comme tâcheron. 

Inculpation de Marie Besnard
Consignés en détail dans l'acte d'accusation, tous ces éléments conduisirent à l'inculpation de Marie Besnard pour empoisonnement, avec la circonstance aggravante de parricide et de matricide.

Bataille d'experts
Le rapport d'autopsie, établi par le docteur Béroud sur la base d'analyses menées grâce à la méthode de Marsh et Cribier, conclut à des empoisonnements aigus suivant des intoxications lentes, liés à des imprégnations exogènes d'arsenic. Le rapport d'autopsie, établi par le docteur Béroud sur la base d'analyses menées grâce à la méthode de Marsh et Cribier, conclut à des empoisonnements aigus suivant des intoxications lentes, liés à des imprégnations exogènes d'arsenic.
D'autres analyses toxicologiques furent réalisées par les professeurs Fabre, Kohn-Abrest et Griffon en 1952 et conclurent à la même présence anormale d'arsenic dans les prélèvements effectués lors de l'exhumation des cadavres.
Un rapport du professeur Piedelièvre, établit en 1954, confirma les conclusions des analyses de 1952 mais se montra plus nuancé que celui du docteur Béroud.
La première raison de l'acquittement tient à l'attitude du docteur Béroud lui-même : contesté, il se défendit difficilement face aux avocats de Marie Besnard.
La défense fit valoir également que des erreurs d'étiquetage dans les bocaux contenant les prélèvements avaient été commises, certains bocaux pouvant avoir été perdus ou remplacés.
Une enquête au cimetière de Loudun permit de démontrer que le sulfatage des fleurs, le zinc des ornements funéraires pouvaient avoir saturé la terre du cimetière d'arsenic.
La longueur du procès, le dépérissement des preuves (le dernier procès ayant lieu en 1961), le retournement de l'opinion publique, lassée, conduisirent à l'acquittement par défaut de Marie Besnard.
Marie Besnard publie ses mémoires en 1962. Elle meurt à Loudun le 14 février 1980 à l'âge de quatre-vingt-trois ans, refusant l'inhumation et faisant don de son corps à la science.

Affaire Alexandre Junca (2011, Pau)

 

Juin 2011. Les Palois découvrent le visage du jeune Alexandre Junca âgé de 13 ans, sur l'avis de recherche lancé par sa famille. L'image du jeune garçon, encore hésitant entre l'enfance et l'adolescence, le regard droit, les cheveux ondulant sur le côté, sera diffusée aux quatre coins de la ville. En vain. Le corps démembré du collégien sera retrouvé en plusieurs étapes, d'abord un fémur en juin 2011, puis le reste du cadavre en octobre de la même année, dans le gave de Pau. Il a été sauvagement assassiné à coups de marteau pour un banal vol de téléphone portable.


Le 4 juin 2011, vers 23h, Alexandre Junca rentre à vélo chez son père rue Galos dans le quartier des Halles de Pau. Son vélo est retrouvé attaché devant le domicile de son père. Mais pas de traces de l’adolescent. L’alerte est donnée le lendemain. L’enquête est confiée à la sûreté urbaine de Pau.

Un avis de recherche est placardé dans toute la ville et l'agglomération.
Le 26 juin, un fémur est découvert par des SDF dans le gave de Pau. Les analyses ADN prouvent qu'il s'agit bien d'Alexandre. Le parquet ouvre une instruction judiciaire pour assassinat d’un mineur de 15 ans accompagné d’actes de torture et de barbarie, qualification la plus haute dans le code pénal. Un numéro vert est mis en place. Un autel est dressé par des anonymes rue Galos, à l’endroit où le vélo a été retrouvé : des fleurs et un registre de condoléances.

Le 19 octobre 2011, les recherches se concentrent sur une digue en travaux le long du gave.
400 m3 de gravats sont fouillés. Un chien marque un arrêt. La quasi-totalité du corps en morceaux sera découvert en 3 jours et 3 nuits de recherche. Les analyses ADN montrent qu’il s’agit d’Alexandre. Il a été jeté là entre le 5 juin (sa disparition) et le 15 juin (date de la construction de la digue). Soixante enquêteurs travaillent sur cette affaire, des dizaines d’experts, 4 millions de communications téléphoniques analysées, des centaines d’appartements perquisitionnés. Elle mobilise les plus gros moyens d’investigation en France.

Après deux années d'enquête, la police arrête les auteurs du crime.
Il s'agit de trois marginaux : Mickaël Baehrel, âgé de 25 ans (l'assassin), Mike Bonnet âgé de 26 ans, une femme de 47 ans, Fatima Ennajah (compagne de Mickaël Baehrel), un homme, Jean-Claude Ducos, âgé de 74 ans vivant dans un village béarnais (Il a aidé à faire disparaitre le corps).

Le procès se déroule du 7 au 16 juin 2016, aux Assises de Pau.
- Mickaël Baehrel, l'assassin, est condamné à la réclusion à perpétuité pour "vol avec violences ayant entraîné la mort".
- Christophe Camy est condamné à 15 ans de réclusion pour "vol avec violences ayant entraîné la mort".
- Fatima Ennajah est condamnée à 3 ans de réclusion pour "non-dénonciation de crime"
- Jean-Claude Ducos est condamné à 3 ans de réclusion pour "recel de cadavre, atteinte à l'intégrité d'un cadavre, destruction de preuve et non-dénonciation de crime". Il est le seul à avoir fait appel. Sa peine a été confirmée le 17 décembre 2016 par le Tribunal de Mont-de-Marsan.

La veuve

  • jkiol

  • Rappellez-vous : c'est notre illustre Guillotin, né à Saintes, qui échafauda... la guillotine ! En 1789, elle est présentée aux députés de l'Assemblée Constituante comme une nouvelle machine servant à exécuter les condamnés à mort. L'engin, mis au point en collaboration avec le chirurgien Antoine Louis, est selon ses inventeurs le moyen "le plus sûr, le plus rapide et le moins barbare." Il sera d'abord appelé 'Louison" ou "Louisette" mais très vite les parlementaires et les journalistes lui donneront le nom de "guillotine"en souvenir du nom de son créateur. Le peuple surnommera la machine : "la veuve". En 1791, un décret fixe que "tout condamné à mort aura la tête tranchée". La première exécution a lieu le 25 avril 1792, elle s'appliquera à un bandit de grand chemin. Pendant la Terreur, près de 50 guillotines seront installées en France et quelques
  • 20 000 personnes seront exécutées. La guillotine fonctionnera pour la dernière fois en 1977 et la peine de mort sera abolie en 1981.

Article source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillotine

Guillotinés célèbres en France

  • Louis Philippe d'Orléans (1793)
  • Marie-Antoinette (1793)
  • Charlotte Corday (1793)
  • Comtesse du Barry (1793)
  • André Chénier, poète français (1794)
  • Danton, homme politique français (1794)
  • Fabre d'Eglantine, poète français et homme politique (1794)
  • Robespierre, homme politique français (1794)
  • Georges Cadoudal, chef chouan (1804)
  • Emile Henry (1894)
  • Joseph Vacher (1898)
  • Désiré Landru (1922)
  • Marcel Petiot (1946)
  • Emile Buisson (1954)
  • Christian Ranucci (1976)
  • Hamida Djandoubi (1977) - dernier exécuté en France

  • Article source : laveuveguillotine

Affaires non résolues en France

    Affaire Francisco Benitez (2013)
  • Tuerie de Chevaline (2012)
  • Affaire Xavier Dupont de Ligonnès (2011)
  • Affaire Olivier Fargues (2004)
  • Affaire Estelle Mouzin (2003)
  • Affaire Yves Godard (septembre 1999)
  • Affaire Michèle Gillet (1998)
  • Meurtres de la gare de Perpignan (1997)
  • Affaire Marion Wagon (1996)
  • Affaire Sophie Toscan du Plantier (1996)
  • Affaire Christelle Blétry (1996)
  • Affaire Omar Raddad (1991)
  • Affaire Sabine Dumont (1987)
  • Affaire Hemma Davy-Greedharry (1987)
  • Affaire Grégory (1984)
  • Affaire Jonathan Coulom (1984)
  • Les disparus de l'Isère (1983)
  • Tuerie du bar du Téléphone (1978)
  • Affaire Le Roux (1977)
  • Affaire de Bruay-en-Artois (1972)
  • Affaire Emilienne Bonnet (1968)
  • Affaire Carteron (1946)

Autres affaires en France