Dossiers

Saint-Martin-de-Ré : en partance pour le bagne

A la fin du XIXème siècle, elle devint l’unique point de regroupement des condamnés en partance pour les colonies pénitentiaires de Guyane et de Nouvelle-Calédonie. Sous Napoléon III, deux décrets successifs créèrent la transportation des condamnés aux travaux forcés (une peine créée en France en 1560) dans les colonies. 

L'italien "bagno" (bain) serait à l'origine étymologique du mot bagne. On en trouve des explications assez diverses. La plus connue est que durant le Moyen Age, les pirates barbaresques enfermaient leurs prisonniers dans des bains publics avant de les vendre comme esclaves.

La citadelle de Saint-Martin-de-Ré
Construite en 1690 afin de protéger La Rochelle et Rochefort des invasions anglaises, elle est transformée en dépôt à partir de 1873 pour le regroupement des prisonniers destinés aux bagnes et pendant 65 ans, elle est l'unique point de regroupement des condamnés aux travaux forcés avant leur départ par bateau aux bagnes de la Guyane française ou de la Nouvelle-Calédonie.

La maison d'arrêt est installée dans la citadelle. Elle a contenu jusqu'à plus de 1 000 détenus, dans un espace prévu pour 500 prisonniers. a prison était une étape obligée vers les bagnes de Nouvelle-Calédonie (voyage qui dure cinq mois), de 1873 à 1897, puis vers ceux de Guyane (voyage qui dure trois mois), jusqu'en 1938.

  • Le capitaine Alfred Dreyfus, Guillaume Seznec (qui y séjourna un an), le lieutenant Strachwitz ou Henri Charrière, dit « Papillon », parmi tant d'autres, y furent enfermés, avant leur départ pour le bagne dit « de Cayenne », qui était en fait celui de Saint-Laurent-du-Maroni.


La vie au dépôt
Après une nuit passée à la prison de La Rochelle, la condamnés étaient conduits sans ménagement jusqu'à St-Martin. Le convoi débarqué sur le quai Clémenceau, était surveillé par la gendarmerie et par les tirailleurs sénégalais de l'île, sous le regard de nombreux curieux.
Les journées sont rythmées par deux promenades dans la cour, au pas cadencé. Les détenus sont fouillés au coucher. Il y a quatre rondes par nuit. L'appel est fait deux fois par jour. Contrairement au transporté, le relégué forçat à vie, peut fumer, n'est pas astreint au silence, et peut garder barbe et cheveux. Il peut écrire une lettre par semaine, au lieu d'une par mois. Le jeudi et le dimanche des visites de parents, durant 20 minutes, sont autorisées.
Le travail dans les ateliers est obligatoire. Les productions sont variées, émouchettes pour les chevaux de l'armée, sacs en papiers ou en toile, charpillage, étoupe, camails, fabrication de chaussons, cordonnerie etc.

L'état de santé des détenus n'est pas très bon. D'après un rapport du docteur Hernette en 1930, les rélégués, qui ne sont pas à leur premier séjour en prison, sont souvent atteints de tuberculose osseuse ou pulmonaire et de maladies vénériennes. L'infirmerie de 30 lits est nettement insuffisante. Ne partent en Guyane que les valides.

Quinze jours avant le départ, les conditions des forçats sont améliorées pour qu'ils supportent le voyage et le climat tropical des bagnes de Nouvelle-Calédonie et de Guyane : mise au repos, allongement du temps de promenade, viande quatre fois par semaine et un quart de vin par jour, une dernière visite médicale décidant de l'aptitude au voyage du forçat qui est alors vacciné contre la fièvre typhoïde et la variole. Les objets personnels restent à la disposition des familles, et seront donnés à l'hôpital de Saint-Martin s'ils ne sont pas récupérés au bout d'un an. Bijoux, argent, suivront les condamnés mais sous la garde de l'administration, à moins que le détenu n'ait réussi à cacher de l'argent dans un "plan" (tube caché dans l'anus).

A Saint-Martin-de-Ré, il y avait les récidivistes de délits mineurs, "les relégués" et les condamnés de Cour d’assises, "les transportés". Les premiers avaient le droit de parler lors des promenades et de fumer quand les seconds étaient privés de ces petits «luxes ».

  • Aujourd'hui, la citadelle, qui depuis les années 1700 a toujours servi de prison, est un pénitencier toujours en activité : une maison centrale qui accueille plus de 400 détenus.

 

Le Martinière
Le Martinière était un navire de guerre transformé en navire-prison. Construit en Angleterre en 1912, sous le nom d'Armanistan, la France le rachète en 1919 et le rebaptise Martinière, il servira alors au transport des bagnards à partir de 1921. Ses dimensions ne lui permettant pas d'accoster au port de Saint-Martin-de-Ré, ce sont deux bateaux de taille plus modeste, le Coligny ou l’Express, qui se chargeaient du transfert des prisonniers vers le navire mouillé dans la rade. Véritable bateau-cage, il effectue deux fois par an la traversée entre la France métropolitaine et la Guyane en 3 semaines environ. Grâce à son faible tirant d'eau, il pouvait remonter le fleuve Maroni jusqu'au pénitencier de Saint-Laurent-du-Maroni.

Le transport des bagnards
Les détenus sont rassemblés à la citadelle de St-Martin-de-Ré. Chaque forçat dispose d'une tenue réglementaire : le paquetage consiste en une veste vareuse, pantalon de droguet marron, sabots galoches, chemises et costumes de toile, sac et musette, quart, gamelle et cuillère en bois, mouchoirs et couvertures, avec trois tailles de vêtements et de chaussures. Les transportés auront l'obligation de porter le bonnet tandis que les relégués ont droit au chapeau.
Les condamnés avec leur paquetage sont rassemblés en ligne dans la cour pour la bénédiction du curé ou du pasteur avant de franchir les portes de la citadelle. En tête du convoi, marchent les forçats réputés dangereux entourés de baïonnettes avec fers au poignet.

Jusqu'à 670 forçats déportés s'entassent à fond de cale, dans huit cages appelées « bagnes » dans quatre faux ponts. Ils couchent dans des hamacs et ont droit à une promenade quotidienne par groupe sur le pont. La nourriture des bagnards était identique à celles des soldats. Chaque cage est traversée par un réseau de tuyauterie pour envoyer des jets de vapeur brûlants sur les bagnards révoltés (utilisé une seule fois en 1935) ; en cas de décès, les prisonniers sont tout bonnement jetés par-dessus bord. Les bagnards récalcitrants peuvent être mis aux fers ou au cachot disciplinaire. Le navire disposait d'une infirmerie. Le Martinière achemina ainsi entre 1921 et 1938, plus de 7 000 bagnards vers la Guyane.

Liens utiles

http://www.musee-ernest-cognacq.fr./

http://www.sites-vauban.org/

https://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-hommes/saint-martin-de-re-lembarquement-des-recidivistes-en-partance-pour-lile-des-pins-17185


Repères

Date de construction : 1690
Architecte : Vauban
Situation : Ile de Ré
Dépôt de condamnés puis Maison centrale
Classée Monument Historique en 1984
Patrimoine mondial en 2008

Article du Journal La Croix, 1929

  • « On mande de La Rochelle que la traversée du continent à l’île de Ré, par le petit vapeur Express, transportant des forçats, qui doivent faire partie du prochain convoi pour le bagne, le 8 novembre, a été mouvementée. Vendredi soir, par suite du mauvais état de la mer, qui en raison d'un vent soufflant en tempête, était démontée. Les paquets de mer s'abattaient violemment sur les prisonniers, massés à l'avant du pont du bateau. Les condamnés, qui étaient vêtus seulement d'un veston et d'une chemise, ont été trempés jusqu'aux os. La plupart des forçats ont eu le mal de mer, et certains d'entre eux, qui n'avaient jamais navigué, étaient fort effrayés par cette tempête. Ils s'accrochaient partout où ils le pouvaient, pour n'être pas emportés par un coup de mer. Enfin, à 10 h 30, ils pénétraient dans le pénitencier de Saint-Martin-de-Ré, dont ils portaient l'effectif au chiffre considérable de 698 prisonniers. »
  •  

    Témoignage de Dieudonné, anarchiste, soupçonné d'avoir agi avec la Bande à Bonnot

    Le bagne de St Martin s'éveille dans un bruit inaccoutumé. Chacun cause bruyamment au nez des gardiens, contents de ce départ qui va leur donner quelques semaines de répit. 400 forçats et 200 relégués sont maintenant dans la cour. Ce n'est pas une mince affaire que de les mettre en ordre 4 par 4.
    L'appel n'en finit plus. Au dernier moment, on fait sortir des cachots les fortes têtes. La grand lumière du jour les aveugle. Ils sont pâles et maigres et leurs jambes flageolent. Eux seuls, sont enchaînés.
    Tous les gardiens de Ré, tous les surveillants militaires présents, une compagnie de soldats encadrent le convoi. On ouvre les portes. Le long convoi s'ébranle, silencieux. Il repasse les petites portes basses des murs d'enceinte, traverse la cour de la caserne, franchit les hautes portes d'entrée du corps de garde.
    Et voici la route jolie. Les journaux ont annoncé le départ, la route est pleine de monde, curieux ou parents...
    Morne, le convoi s'avance au milieu de la foule muette. Quelques uns baissent la tête pour cacher des yeux mouillés.

Sources textes et images

Tous les liens contenus dans cette page sont donnés à titre indicatif et proviennent de mes recherches sur internet.
Si vous êtes responsable d'un site dont le lien ou la photo apparaîssent ici et que vous ne souhaitez pas leur mention, merci de me le faire savoir via le formulaire de contact.
Si vous souhaitez faire un échange, utilisez également le formulaire de contact. Merci de votre compréhension.